Timoh Garcia en entrevue

Temps de lecture: 5 minutes

On a discuté avec Timoh Garcia, artiste recycleur. Toujours en quête d’objets à transformer en art, Timoh se voit comme un sociologue des matériaux qui ne manque pas d’imagination. Entretien avec un archéologue du présent.

QCLTUR: Quelle est ta démarche artistique?
Timoh: Tout m’inspire. Comme tu vois, j’ai un atelier aussi chez moi avec différents outils pour travailler des matériaux variés. J’aime déconstruire et mixer ce que je trouve ensemble.  Les choses qui se démontent facilement, j’aime le côté pratique des matériaux. J’aime bien aussi l’histoire que cela raconte. Des fois, il y a des toiles composées d’une quarantaine de morceaux. Je me souviens à 95% où j’ai trouvé tous les morceaux de bois. Il y a un truc avec la mémoire que j’essaie de creuser en ce moment. Peindre sur des toiles blanches, ça ne me parle pas. Je préfère travailler le bois mais je touche à tout. Les contraintes rendent créatif. Avant, je faisais beaucoup de graffitis. J’ai même peint avec des extincteurs. Je bosse en ce moment sur des montures de lunettes. J’ai toujours aimé la plasticité des choses, la capacité que les objets ont de prendre forme. Le fait aussi qu’ils sont marqueurs d’une époque. Les œuvres immersives je trouve ça cool.
Timoh Garcia Valencia qcltur entrevue
Détail-Valencia / ©Timoh Garcia – 2022
QCLTUR: Et le côté écologique?
Timoh: J’utilise de la colle (entre autres), ce que je fais ce n’est pas très écolo. Mais cela fait peut-être prendre conscience de notre système de production. Le but n’est pas écologique mais plus d’intégrer un espace, de décrire une société. La démarche reste intellectuelle. L’art écolo n’existe pas.
QCLTUR: Ton art reste abordable?
Timoh: Ça aussi cela fait vraiment partie de ma démarche. Je suis trop content quand les gens ont 16 ans et achètent une petite œuvre originale 20/30 dollars. Je me rappelle quand j’allais dans les galeries, je voyais des artistes qui gonflaient leur cote pour faire de la spéculation, c’était exagéré. Là justement je suis en train de faire un site. J’ai des gens de l’étranger qui me contactent pour les petits formats. Je bosse sur une nouvelle série, l’alphabet. L’assemblage intuitif, j’aime ça.
QCLTUR: Les œuvres sont interactives?
Timoh: J’essaie de rajouter des éléments parfois cachés parfois non. Il y a beaucoup de symboliques en général. Avant je faisais des toiles plus complexes. C’était pas seulement mécanique mais la contrainte de temps m’a rattrapé. J’ai même réfléchi à faire des systèmes cachés. Comme des éléments qui ne pourraient apparaître qu’au moment de la manipulation de l’œuvre. Des fois je me dis que je pourrais faire des choses recto-verso. J’en ai déjà fait. Après tu peux prendre l’œuvre aussi et juste l’aimer de façon superficielle. Il y a plusieurs lectures. C’est rare mais des fois les gens trouvent, ça me fait plaisir.
Sur la série des bateaux y’avait une petite télécommande qui allumait des lumières. Tout le système électronique, je l’ai trouvé dans la rue et je l’ai réparé. Ça allumait des lumières sur des bouées et sur les bateaux. Le mot clé, c’était le temps. Il était l’unité commune à tout ça. Sur l’idée que de nos jours, le temps vaut moins que la matière. Alors que c’est le truc le plus précieux qu’on a.
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Vernaar Het Zuiden / ©Timoh Garcia – 2022
QCLTUR: Plus ville que campagne?
Les villes, c’est plus intéressant parce qu’il y a plus de matériaux. Cela me parle plus. Il y a plus de gens, plus de mouvements. Après récemment je voulais rendre hommage à un ami de Vancouver, Alejandro, il est jardinier. Il a un pickup. Beaucoup de branches sont tombées avec la dernière tempête. J’en ai récupéré pas mal pour faire une pièce. Lors de mes voyages, je peignais 12h à 14h par jour mais quand j’arrivais au sommet d’une montagne, j’avais envie de ne rien faire, de rester béat. La nature me tempère.
QCLTUR: Que penses-tu de Banksy?
Timoh: C’est intéressant de jouer avec l’actualité et de parler aux gens de la rue mais je ne pense pas qu’il soit tout seul. Ils sont plusieurs. T’as vu les installations qu’ils font? On ne peut pas les faire tout seul quoi. C’est peut-être deux ou trois gars. En tout cas, l’anonymat c’est la clé. Comme cet artiste, je préfère laisser parler mon art et ne pas mettre mon identité en avant.
QCLTUR: Aimes-tu créer avec d’autres personnes?
Timoh: Je suis toujours ouvert à explorer toutes sortes de choses, de collaborations. Je ne suis pas fermé dans ma pratique. 
D’ailleurs, j’ai une collaboration qui s’en vient, une virtualisation de mes créations. ArchiV VR ont scanné mes toiles recto-verso pour les proposer dans une salle d’exposition virtuelle. Je dois préparer des audios pour présenter les pièces.
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Détail-Plastic Water / ©Timoh Garcia – 2022
QCLTUR: Est-ce que tu crées avec de la musique?
Timoh: Je sais que la plupart des artistes, ça les aide à créer, pas moi. J’ai fait du live painting (sur des grands formats et des personnes) pendant des concerts. Quand je suis dans mon atelier, je travaille en silence, avec le bruit ambiant, la musique de la rue.
QCLTUR: On peut voir ton art où?
Timoh: Venez découvrir l’atelier du 4455 Saint-Denis, il est ouvert au public. Sinon j’ai un ami mexicain, sa femme est chef, une artiste culinaire. Ils ont un petit restaurant, qui s’appelle Vivace, pas loin de la galerie. Je vais exposer chez eux tout le mois de mai. Ensuite à l’Union Française les 15 et 16 mai. J’ai une exposition solo à la galerie L’Original dans le vieux port du 9 au 20 août mais il y a déjà quelques pièces là-bas.
Et du 25 au 31 mai, il y a une exposition collective à L’Original Saint-Denis, un peu pour faire écho au festival de bandes dessinées. Donc là je prépare quelque chose plus proche de ma série pop. Je joue plutôt sur l’assemblage, la construction, la déconstruction culturelle et géographique. J’espère bientôt une résidence dans une ville étrangère. J’aimerais bien aller à Bruxelles. Mais bon Mexico c’est bien aussi. (rires)
Timoh Garcia Surf qcltur entrevue
Surf / ©Timoh Garcia – 2022
Comme dit si bien le proverbe Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
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